
Les populations amérindiennes
Bien avant l'arrivée des premiers européens, les Maritimes sont occupées par une population, de quelques milliers d'individus, composée par les groupes micmacs, malécites et abénaquis. Ces derniers font tous partie de la grande famille algique ou algonquienne. Ils occupent une vaste étendue allant du nord des Grands Lacs jusqu'à la Nouvelle-Angleterre. Ces autochtones vivent des ressources du territoire en effectuant de plus ou moins longues migrations. Déjà en contact avec les pêcheurs européens, les autochtones vont établir des liens étroits avec les premiers colons français qui accompagnent Samuel de Champlain (1567 ou 1570- 1635), Pierre du Gua de Monts (1560?-1628?) et Jean de Biencourt de Poutrincourt (1557-1615 )
La colonisation française de l'Acadie
Port- Royal
Désirant fonder un comptoir commercial au nom du roi de France, Champlain et Poutrincourt installent la colonie à l'Île Sainte-Croix. Cependant, après l'hiver rude de 1604, on décide de transporter l'habitation embryonnaire plus à l'abri des vents. En 1605, Port Royal devient le coeur de l'implantation française en Acadie. Avantagé par une nourriture suffisante et de bonnes relations avec les Micmacs, l'établissement prospère rapidement et cela malgré une situation politique mouvante. En effet, Acadie pour les Français, Nouvelle-Écosse pour les Anglais, le territoire est convoité par les deux belligérants qui se disputent ses ressources et sa position stratégique au plan militaire.
Autres établissements
Malgré les changements de souveraineté qui caractérisent le XVIIe siècle, la population entretient d'intenses relations commerciales avec le Massachusetts. Cette facilité d'adaptation qui caractérise les Acadiens assure une certaine cohésion sociale à la colonie qui absorbe ainsi tous les nouveaux arrivants et les intègre dans les réseaux familiaux.
Dans les années 1670-1680, quelques établissements sont fondés à partir de Port-Royal: Chignectou en 1670, Beaubassin en 1672 et les Mines vers 1680. Entre 1671 et 1714, la population acadienne passe de 400 à 2900 âmes.
L'Acadie est cédée à l'Angleterre
Le Traité d'Utrecht
Ruinée par la coûteuse guerre de Succession d'Espagne (1702-1713) qui l'oppose à la Grande Alliance, la France doit céder une partie de ses colonies. C'est le Traité d'Utrecht, signé le 16 avril 1713, qui officialise le transfert du territoire acadien à la Grande-Bretagne. Les Français conservent l'Île Saint-Jean (aujourd'hui l'Île-du-Prince-Édouard), des droits sur le Cap-Breton et sur le littoral nord de Terre-Neuve.
La neutralité
Pour les colons, le traité garantit une paix relative même si la France n'abandonne pas totalement ses revendications territoriales et profite de l'imprécision des frontières. D'autres stipulations du traité octroient aux Acadiens qui choisissent de rester la liberté religieuse de manière indirecte ainsi que la possession légitime de leurs terres. En retour, les habitants s'engagent à rester neutres et à ne pas nuire à la couronne britannique, sans toutefois jurer fidélité absolue. Tolérée pour un certain temps par les autorités britanniques, cette situation pour le moins ambiguë perdure et n'empêche pas la colonie de connaître sa période la plus prospère (1730-1749).
La déportation des Acadiens
La guerre de la Succession d'Autriche (1741-1748) ne trouble pas vraiment les Acadiens toujours décidés à faire reconnaître leurs droits. Comme le souligne Griffiths, "ironie du sort, la fin de la guerre entre la France et la Grande-Bretagne en 1748 marqua véritablement la fin de la paix pour les Acadiens."
Jusque-là gouvernement fantôme, les autorités coloniales durcissent leur position et pressent les habitants de faire un serment d'allégeance sans réserve. Leur intransigeance résulte à la fois de la place grandissante qu'occupe la forteresse de Louisbourg et du désir de fournir de bonnes terres aux colons anglais.
En 1749, Halifax est fondée pour contrecarrer la présence française, suivie d'une expansion anglaise vers Grand-Pré, Pigiguit et Beaubassin. Pour leur part, les autorités françaises tentent d'attirer les Acadiens vers le Nouveau-Brunswick.
La situation s'envenime davantage avec l'arrivé en poste de Charles Lawrence en 1754. Le nouveau lieutenant-gouverneur se montre inflexible envers les sujets acadiens et envisage la déportation. Le 3 juillet 1755, appuyé par son conseil, Lawrence prend prétexte de la reprise de la guerre en Amérique et du refus des délégués de prêter serment pour les faire emprisonner en vue de leur déportation.
Durant les mois qui suivent, les soldats traquent et capturent des milliers de personnes, puis procèdent à l'embarquement des prisonniers à partir du 10 septembre en direction des colonies américaines.
De 1755 à 1762, 10 000 Acadiens sont déportés. Les mauvaises conditions du voyage entraînent la mort de plusieurs personnes. La situation des survivants demeure précaire. La plupart sont à la charge de l'État et ne trouvent pas un accueil favorable de la part d'une population majoritairement anti-catholique. D'autres sont embarqués en direction de l'Angleterre et de la France. Dans le premier cas, on les installe dans des entrepôts de Liverpool, Southampton, Falmouth et Bristol. Dans le second, ils sont relocalisés et reçoivent une pension. Cette mesure de la France obtient peu de succès puisque beaucoup d'Acadiens préfèrent retourner en Amérique.
La fin de la guerre et le Traité de Paris
La victoire de la Grande-Bretagne sur la France met fin à la politique de déportation. Le Traité de Paris (1763) confirme le nouveau statut des habitants. Maintenant sujets britanniques, ils obtiennent la "liberté de religion", le droit de propriété et l'égalité commerciale.
Pour les Acadiens, ces droits ne garantissent en rien le retour à la situation initiale. Désormais minoritaires, leur influence se trouve fortement diminuée. Des 3 000 qui avaient échappé aux soldats, viennent se greffer un certain nombre d'exilés en provenance des colonies américaines, de l'Angleterre, de la France et de ses territoires.
Population acadienne en 1763 selon un recensement approximatif
Région : Population
Massachusetts : 1 050
Connecticut : 650
New York : 250
Maryland : 810
Pennsylvanie : 400
Caroline du Sud : 300
Géorgie : 200
Nouvelle-Écosse : 1 250
Rivière Saint-Jean : 100
Louisiane : 300
Angleterre : 850
France : 3 500
Québec : 2 000
Île-du-Prince-Édouard : 300
Baie-des-Chaleurs : 700
La Diaspora Acadienne
Les Acadiens de la Baie-des-Chaleurs
Fuyant les soldats anglais lors de la déportation, ils vivent clandestinement avec l'aide des Micmacs, alliés traditionnels des Français. On estime que 2 000 personnes prirent le chemin de la Nouvelle-France. De ce nombre, "plus de 1 000 Acadiens se sont dirigés vers la baie des Chaleurs après que les Anglais les eurent chassés de leurs terres en 1755. Ils se sont réfugiés à la rivière Bonaventure et dans le secteur de Ristigouche où se trouvait depuis peu la garnison française. Après la bataille de Ristigouche et la destruction de leur établissement de la Petite-Rochelle, à l'été de 1760, un bon nombre d'entre eux demeurent dans le secteur."
Provenant en majorité des régions de Grand-Pré, Beaubassin et Pisiquit, une douzaine de familles fondent la paroisse de Bonaventure (1760) et de Carleton (1766). Revenant de France, d'autres se joignent à eux en 1774. Ils sont recrutés par le marchand jersiais Charles Robin pour ses pêcheries de Paspébiac et de la côte gaspésienne. Ils s'installent à Pabos, Paspébiac, Port-Daniel, Maria, Gaspé, New-Richmond.
Le développement se poursuit tout au long du XIXe siècle avec les établissements de Nouvelle, Saint-Omer, Saint-Siméon, Saint-Alphonse, Saint-Godefroy. Attirés par les terres que leur offre la politique de colonisation du Québec, des Acadiens de Rustico, Île-du-Prince-Édouard, fondent en 1870 le village de Saint-Alexis sur les plateaux à l'embouchure de la Matapédia. Puis au XXe siècle, toujours sous l'effet de la politique de colonisation, c'est l'arrière-pays qui se développe: Saint-Edgar, Saint-Elzéar...
Aujourd'hui, 65% de la population de la Baie-des-Chaleurs est de souche acadienne dont plus de 80% dans le comté de Bonaventure. La Baie-des-Chaleurs en Gaspésie conserve toujours une couleur particulière façonnée par les premiers arrivants d'Acadie; une agriculture solidement implantée, un réseau coopératif remarquable, un parler et un vocabulaire uniques.
Les Gaspésiens d'origine acadienne sont nombreux. Certains sont bien connus: le cycliste globe-trotter Albert Leblanc, le politicien Rémi Bujold, le commentateur sportif Serge Arsenault, le politicien et historien Bona Arsenault À son instigation d'ailleurs, la Municipalité de Bonaventure s'inspire de l'histoire acadienne pour nommer ses rues.
Porte-étendard de cette présence acadienne, le Musée acadien du Québec à Bonaventure a pour mission de conserver le patrimoine des communautés acadiennes du Québec. Chaque année, autour du 15 août, fête nationale des Acadiens, le Musée organise le Festival des P'tites Cadies.
Les Acadiens et les autres régions du Québec
La présence des Acadiens et leur influence sur le développement du Québec sont étonnantes. Ils ont joué un rôle déterminant dans l'ouverture de nouvelles paroisses et dans l'essor économique de plusieurs régions.
Au XIXe siècle, deux grandes migrations: les réfugiés de 1755 et les déportés venant des colonies américaines après 1763. Ils s'installent principalement en Gaspésie, dans Lanaudière, en Montérégie, en Mauricie et dans le comté de Bellechasse. Tout en grossissant les rangs de villages existants, ils en fondent six surnommés Cadies ou Petites Cadies en souvenir de leur terre d'origine. Saint-Gervais de Bellechasse est l'une d'elles.
Encore au XIXe siècle, c'est l'expansion des villages et le peuplement de nouvelles régions: Bois-Francs, ÎIles-de-la-Madeleine et Côte-Nord. La progression se poursuit dans la vallée de la Matapédia et au Saguenay.
Au XXe siècle, nombreux sont les Acadiens du Nouveau-Brunswick et d'ailleurs qui viennent encore enrichir le Québec de leurs apports et talents: Antonine Maillet, Édith Butler...
Aux Îles de la Madeleine
Vingt-deux Acadiens de l'Île-du-Prince-Édouard engagés en 1765 par le colonel Richard Gridley, devenu seigneur des Îles, sont les premiers à s'y établir. Venus y faire la chasse aux loups-marins et la pêche aux homards, les Boudreau, Poirier, Arseneau et Chiasson seront asservis honteusement par le système de répression mis en place par Gridley.
Partis de Saint-Pierre et Miquelon, un groupe d'Acadiens anti-révolutionnaires arrivent auxÎëles-de-la-Madeleine en 1793. Les Vigneau, Cyr, Leblanc, Hébert, Thériault et autres s'installent autour de Havre-Aubert pour tomber victimes, eux aussi, des redevances élevées exigées par le successeur de Gridley, le seigneur Isaac Coffin.
Un siècle de répressions et de disettes pousse de nombreux Acadiens madelinots à s'expatrier une fois de plus; vers la baie Saint-Georges à Terre-Neuve en 1849, sur la Côte-Nord entre 1853 et 1865, à Lac-au-Saumon dans la vallée de la Matapédia en 1896, au Saguenay en 1912-13 et finalement en Abitibi-Témiscamingue, à l'Île Népawa, en 1941-42.
Aujourd'hui...
Libérés de l'emprise des marchands et de leur isolement économique, les Madelinots, à l'instar de leurs cousins gaspésiens, s'appuient sur l'un des réseaux coopératifs les mieux structurés du pays pour progresser. En 1976, ils élisent députée, l'Acadienne Denise Leblanc, 27 ans, aussitôt nommée adjointe parlementaire aux pêches. La chanteuse Brigitte Leblanc, l'historien Frédéric Landry et le conteur Avila Leblanc sont des personnalités bien connues.
Pêche, homard, tourisme, dune, vent, agriculture de subsistance, loup-marin et autres font des Îles-de-la-Madeleine une oasis pour une société qui se retrouve dans ses traditions, son parler, sa musique et son Festival acadien.
Sur la Côte-Nord
Le peuplement par les Acadiens y remonte aux années 1850. Fuyant la disette et les seigneurs exploiteurs des Îles-de-la-Madeleine, une dizaine de familles s'établissent à Kégaska de 20 à 25 à Natashquan et plus de 70 familles à Havre-Saint-Pierre et dans la grande seigneurie de Mingan. En 1872, l'Acadien Dominique Chiasson fonde Sept-Îles, devenue la capitale de la Côte-Nord.
Presque impossible, l'agriculture est remplacée par la pêche, une industrie des plus prospères dont témoigne de 1892 à 1920 le gardien de phare Placide Vigneault, important commentateur de la vie quotidienne sur la côte.
L'Île d'Anticosti fut aussi peuplée par des Acadiens qui s'établissent à l'Anse-aux-Fraises en 1873. Ils forment plus de 25% de la population lors de l'achat de l'Île par Henri Menier. Sans titres de propriété, plusieurs sont alors expulsés et repartent en errance vers la Côte-Nord. En 1893, quelques 50 familles de Natashquan et ses environs iront en Beauce pour s'établir à Saint-Théophile.
Aujourd'hui...
Terre de poésie qui a vu naître Gilles Vigneault et Roland Jomphe, la Côte-Nord constitue un îlot original de société acadienne comparable aux Îles-de-la-Madeleine et à la Gaspésie. Avec la prolongation du réseau routier, un nouvel esprit d'entreprise souffle maintenant sur les petits villages acadiens nord-côtiers.
En souvenir de leur origine et selon leurs traditions, les habitants de Havre-Saint-Pierre adoptent Cayen, Cayenne comme gentilé officiel. D'ailleurs Havre-Saint-Pierre présente l'exposition permanente Le roman des Cayens et organise un Festival acadien tous les ans.
source : Musée Acadien de Bonaventure
http://www.museeacadien.com
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